June Blue and her ravings

Fév 3
Fév 3
Fév 3
Nov 15
Nov 15
Nov 15
Nov 11
Nov 11

"Où suis-je? et dans un lieu que je croyais barbare
Quelle savante main a bâti ce palais,
Que l’art, que la nature pare
De l’assemblage le plus rare
Que l’œil puisse admirer jamais?
Tout rit, tout brille, tout éclate,
Dans ces jardins, dans ces appartements,
Dont les pompeux ameublements
N’ont rien qui n’enchante et ne flatte;
Et de quelque côté que tournent mes frayeurs,
Je ne vois sous mes pas que de l’or, ou des fleurs.

Le Ciel aurait-il fait cet amas de merveilles
Pour la demeure d’un serpent?
Et lorsque par leur vue il amuse et suspend
De mon destin jaloux les rigueurs sans pareilles,
Veut-il montrer qu’il s’en repent?
Non, non; c’est de sa haine, en cruautés féconde,
Le plus noir, le plus rude trait,
Qui, par une rigueur nouvelle et sans seconde,
N’étale ce choix qu’elle a fait
De ce qu’a de plus beau le monde,
Qu’afin que je le quitte avec plus de regret.”


Psychée, Molière. 


Berlin… 
Aoû 29

Berlin… 

Aoû 29

"Die Lage eines Menschen ändern, bessern wollen, heißt, ihm für Schwierigkeiten, in denen er geübt und erfahren ist, andere Schwierigkeiten anbieten, die ihn vielleicht noch ratloser finden."

Rainer Maria Rilke. 
#Abstrakt. 

Aoû 29

"Als das Kind Kind war, 
ging es mit hängenden Armen, 
wollte der Bach sei ein Fluß, 
der Fluß sei ein Strom, 
und diese Pfütze das Meer.
Als das Kind Kind war, 
wußte es nicht, daß es Kind war, 
alles war ihm beseelt, 
und alle Seelen waren eins.
Als das Kind Kind war, 
hatte es von nichts eine Meinung, 
hatte keine Gewohnheit, 
saß oft im Schneidersitz, 
lief aus dem Stand, 
hatte einen Wirbel im Haar 
und machte kein Gesicht beim fotografieren.
Als das Kind Kind war, 
war es die Zeit der folgenden Fragen: 
Warum bin ich ich und warum nicht du? 
Warum bin ich hier und warum nicht dort? 
Wann begann die Zeit und wo endet der Raum? 
Ist das Leben unter der Sonne nicht bloß ein Traum? 
Ist was ich sehe und höre und rieche 
nicht bloß der Schein einer Welt vor der Welt? 
Gibt es tatsächlich das Böse und Leute, 
die wirklich die Bösen sind? 
Wie kann es sein, daß ich, der ich bin, 
bevor ich wurde, nicht war, 
und daß einmal ich, der ich bin, 
nicht mehr der ich bin, sein werde?
Als das Kind Kind war, 
würgte es am Spinat, an den Erbsen, am Milchreis, 
und am gedünsteten Blumenkohl. 
und ißt jetzt das alles und nicht nur zur Not.
Als das Kind Kind war, 
erwachte es einmal in einem fremden Bett 
und jetzt immer wieder, 
erschienen ihm viele Menschen schön 
und jetzt nur noch im Glücksfall, 
stellte es sich klar ein Paradies vor 
und kann es jetzt höchstens ahnen, 
konnte es sich Nichts nicht denken 
und schaudert heute davor.
Als das Kind Kind war, 
spielte es mit Begeisterung 
und jetzt, so ganz bei der Sache wie damals, nur noch, 
wenn diese Sache seine Arbeit ist.
Als das Kind Kind war, 
genügten ihm als Nahrung Apfel, Brot, 
und so ist es immer noch.
Als das Kind Kind war, 
fielen ihm die Beeren wie nur Beeren in die Hand 
und jetzt immer noch, 
machten ihm die frischen Walnüsse eine rauhe Zunge 
und jetzt immer noch, 
hatte es auf jedem Berg 
die Sehnsucht nach dem immer höheren Berg, 
und in jeder Stadt 
die Sehnsucht nach der noch größeren Stadt, 
und das ist immer noch so, 
griff im Wipfel eines Baums nach dem Kirschen in einemHochgefühl 
wie auch heute noch, 
eine Scheu vor jedem Fremden 
und hat sie immer noch, 
wartete es auf den ersten Schnee, 
und wartet so immer noch.
Als das Kind Kind war, 
warf es einen Stock als Lanze gegen den Baum, 
und sie zittert da heute noch.”


Peter Handke, Lied vom Kindsein

Aoû 29

"L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance,

l’assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;

l’ébat des anges ;  Non… le courant d’or en marche,
meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d’herbe. Elle
sombre, avant le Ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle
pour rideaux l’ombre de la colline et de l’arche.


2

Eh ! l’humide carreau tend ses bouillons limpides !
L’eau meuble d’or pâle et sans fond les couches prêtes.
Les robes vertes et déteintes des fillettes
font les saules, d’où sautent les oiseaux sans brides.

Plus pure qu’un louis, jaune et chaude paupière,
le souci d’eau  ta foi conjugale, ô l’Épouse ! 
au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
au ciel gris de chaleur la Sphère rose et chère.


3

Madame se tient trop debout dans la prairie
prochaine où neigent les fils du travail ; l’ombrelle
aux doigts ; foulant l’ombelle ; trop fière pour elle
des enfants lisant dans la verdure fleurie

leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, comme
mille anges blancs qui se séparent sur la route,
s’éloigne par-delà la montagne ! Elle, toute
froide, et noire, court ! après le départ de l’homme !


4

Regret des bras épais et jeunes d’herbe pure !
Or des lunes d’avril au cœur du saint lit ! Joie
des chantiers riverains à l’abandon, en proie
aux soirs d’août qui faisaient germer ces pourritures.

Qu’elle pleure à présent sous les remparts ! l’haleine
des peupliers d’en haut est pour la seule brise.
Puis, c’est la nappe, sans reflets, sans source, grise :
un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine.


5

Jouet de cet œil d’eau morne, je n’y puis prendre,
oh canot immobile ! oh ! bras trop courts ! ni l’une
ni l’autre fleur : ni la jaune qui m’importune,
là ; ni la bleue, amie à l’eau couleur de cendre.

Ah ! la poudre des saules qu’une aile secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées !
Mon canot, toujours fixe ; et sa chaîne tirée
au fond de cet œil d’eau sans bords,  à quelle boue ?”“

Arthur Rimbaud, “Mémoire” (1872). 

Aoû 29

"Je veux donner l’idée d’un divertissement innocent. Il y a si peu d’amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l’intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions d’un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l’enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s’agrandir démesurément. D’abord ils n’oseront pas prendre; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s’enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l’homme.

Sur une route, derrière la grille d’un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d’un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l’insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu’on les croirait faits d’une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. A côté de lui, gisait sur l’herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d’une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l’enfant ne s’occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu’il regardait :

De l’autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, pâle, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c’était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l’un à l’autre fraternellement, avec des dents d’une égale blancheur.”


Charles Baudelaire, ‘Le joujou du Pauvre’ in Le Spleen de Paris

Aoû 29